Parmi les corrupteurs du couer la fréquentation

Parmi les cinq actes corrupteurs du cœur

Parmi les cinq actes corrupteurs du cœur 
La fréquentation 

Par l'imam et l'illustre érudit
Ibn Qayyim El Djewziyya
-Qu'Allâh lui accorde Sa vaste miséricorde-

Extrait de son livre Les sentiers des itinérants, vol., 1, pp.  453-460.

Traduit de l'arabe par
Aboû Fahîma 'Abd Ar-Rahmên Ayad

Au Nom d’Allâh, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux

Avant-propos

Louange à Allâh, le Seigneur des mondes. Et que la Prière et le Salut soient sur notre Prophète Mouhammed, sur sa famille et ses compagnons.

Dans son livre Les sentiers des itinérants, l’auteur, le cheikh de l’islam, l’imam Ibn Qayyim El Djewziyya -qu’Allâh lui fasse miséricorde- a cité dans son livre susmentionné cinq actes qui corrompent le cœur de l’homme. Ces cinq actes sont la fréquentation, le vœu, s’attacher à autre qu’Allâh, la satiété, et le sommeil démesuré. Pour notre part, et vu que le premier acte, la fréquentation, est une chose à laquelle beaucoup de gens se livrent à outrance, et parce que ses effets néfastes sont très rapidement observables sur le comportement et dans la vie quotidienne de ces gens, nous avons estimé efficace de traduire la partie qui le traite, souhaitons ainsi prodiguer un conseil à nos frères et sœurs à ce sujet. Rappelons au passage, qu’il suffit au fréquentier de savoir qu’un des plus grands préjudices que la fréquentation lui cause est la perte de temps. Le temps qui est le capital de tout être humain désirant bâtir son succès ici-bas et à l’au-delà, est très malheureusement devenu la chose qui n’a presque plus aucune valeur chez beaucoup de gens. Or Allâh dit la vérité Par le Temps! L’homme est certes en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres, s’enjoignent mutuellement la vérité et s’enjoignent mutuellement la patience.﴿ El ‘Asr (Le Temps), v. 1-3.

Ibn El Qayyim -qu’Allâh lui fasse miséricorde- a alors dit à propos de la fréquentation:

Quant aux actes corrupteurs du cœur, ils sont au nombre de cinq. L’auteur[1] en a fait allusion. Ce sont la fréquentation, le vœu, s’attacher à autre qu’Allâh, la satiété, et le sommeil démesuré. Ces cinq actes sont des plus grands corrupteurs du cœur. Nous allons citer leurs effets communs, ainsi que les caractéristiques de chacun.

Cela dit, saches que le cœur se meut vers Allâh -Puissance et Majesté à Lui-, et vers la demeure dernière. Il dévoile le chemin et la voie de la vérité, ainsi que les maux de l’âme et ceux de l’action. Il dévoile également les coupeurs de route. Le cœur fait cela grâce à sa lumière, et grâce à sa vie et à sa force, à sa résolution et à l’état sain de son écoute et de sa vision et grâce aussi à l’absence des préoccupations et des tâches qui le bloqueront dans sa marche.

Ces cinq actes corrupteurs éteignent la lumière du cœur, voilent sa clairvoyance, et affaiblissent son écoute, s’ils ne l’amènent pas plutôt à devenir aveugle et muet. Ils dégradent toutes ses forces, défaillent sa santé, refroidissent sa résolution, font cesser sa volonté et le font reculer en arrière. Quiconque ne ressent pas cela, souffre donc d’un cœur mort; et la blessure du cadavre ne lui fait jamais mal. Ces corrupteurs empêchent le cœur d’atteindre à sa perfection; ils le bloquent d’arriver à l’objectif pour lequel il est créé, et dont le délice et le bonheur, de ce cœur, sa joie et sa saveur ne sont atteignables qu’en le réalisant.

En effet, il n’est pas de délice ni de saveur, ni de joie et ni de perfection que par le fait de connaître Allâh, de L’aimer, de s’apaiser par Son rappel, de se réjouir par Sa proximité et de désirer intensément Le rencontrer. Voilà le Paradis prompt du cœur. D’ailleurs c’est pareil au cas où le cœur n’aura dans l’au-delà aucune jouissance ni nul succès qu’en voisinant avec Lui, dans la Demeure du Délice, dans le Paradis  ultérieur. Car le cœur a en fait deux paradis. Il ne pourrait entrer au second, sans être d’abord entré au premier.

À ce sujet, j’ai une fois entendu le Cheikh de l’islam Ibn Teymiyya -puisse Allâh sanctifier son âme- dire: «Il y a certes un paradis dans l’ici-bas. Qui n’y entre pas, n’entrera pas au Paradis de l’au-delà.» Aussi, un des connaisseurs a dit: «Il y a des moments qui passent par le cœur, où je dis: si les gens du Paradis seront dans un tel état, ils en seront certes dans une vie agréable.» De plus, un des hommes aimants a dit :«Miséreux sont les gens du bas monde; ils en sortent sans avoir goûté à ce qu’il y a de plus savoureux! On lui dit: Mais qu’en-t-il de plus savoureux? Il répondit: L’amour d’Allâh, se sentir proche de Lui, désirer fortement Le rencontrer, s’adonner à Lui et se détourner de tout autre hormis Lui.» Ou des paroles semblables à celles-ci. Or toute personne douée d’un cœur vif perçoit cela et le sait par le sens du goût.

Ces cinq corrupteurs coupent le chemin vers les choses suscitées. Ils se placent entre le cœur et elles. Ils l’entravent dans sa marche. Ils lui causent des maladies et des maux, que si le malade ne les traite pas, ils seront une source de peur et d’anxiété.

Quant à ce que la fréquentation entraîne comme effets, il y a le fait que le cœur se remplit de la vapeur des haleines des enfants d’Adam! Jusqu’à se noircir! Ce qui le contraindra à la dispersion et la division, à être dans le chagrin, les soucis et la faiblesse. La fréquentation portera également le cœur à supporter ce dont il est incapable des fardeaux des compagnons du mal, fera vouer ses intérêts à la parte, tout en se préoccupant à la place d’eux et de leurs affaires! Sa pensée sera embrouillée dans le train de leurs attentes et de leurs désirs. Que restera-t-il donc de lui pour le donner à Allâh et à la Demeure dernière?!

Combien la fréquentation a-t-elle encouru de peine et combien de bienfait a-t-elle chassé?!

Combien a-t-elle fait descendre d’épreuve, et annulé de don? Combien la fréquentation a-t-elle donné lieu aux dégâts et combien a-t-elle entraîné de calamité?! Les fléaux dont souffrent les gens ne sont-ils pas à vrai dire que les gens eux-mêmes? Aboû Tâlib, par exemple, n’eut-il pas de plus nuisible pour lui au moment de sa mort que les  compagnons du mal?! Ils n’ont voulu point le laisser jusqu’à ce qu’ils soient parvenus à s’interposer entre lui et une parole unique (l’Attestation de foi), qui lui aura valu la félicité éternelle!

Cette fréquentation qui est une sorte d’affection ici-bas, et qui fait que les uns tirent profit des autres, se transformera en inimitié quand les vérités se manifesteront. Ce jour, le fréquentier mordra ses mains à cause d’elle, tel qu’Allâh -Très-Haut- a dit Le jour où l’injuste se mordra les deux mains et dira: «Hélas pour moi! Si seulement j’ai suivi chemin avec le Messager!… Malheur à moi! Hélas! Si seulement je n’avais pas pris untel pour ami!…Il m’a en effet égaré loin du rappel [le Qour’ên], après qu’il me soit parvenu.»﴿ El Fourqân (Le Discernement), v. 27-29; et Il a aussi dit -qu’Il soit Très-Haut- Les amis, ce jour-là, seront ennemis les uns des autres, exceptés les pieux.»﴿ Az-Zoukhrouf (L’Ornement), v. 67; de même, son bien-aimé Ibrâhîm (Abraham) a dit à son peuple Et [Abraham] dit : «En effet, c’est pour cimenter des liens entre vous-mêmes dans la vie présente, que vous avez adopté des idoles, en dehors d’Allâh. Ensuite, le Jour de la Résurrection, les uns renieront les autres, et les uns maudiront les autres, tandis que vous aurez le Feu pour refuge, et vous n’aurez pas de protecteurs.﴿ El ‘Ankaboût (L’Araignée), v. 25. Ceci est en fait le cas de tous ceux qui s’associent pour réaliser un but. Ils s’aiment tant qu’ils s’entraident pour y parvenir. Mais dès que ce dernier soit rompu, le remord, la tristesse et la douleur y succèderont. L’affection qu’ils avaient les uns pour les autres tournera en haine et malédiction. Chacun versera dans la méprisance envers l’autre, du fait que le but qu’ils avaient s’est lui-même transformé en tristesse et supplice. Ce fait est assez percevable dans cette vie, concernant les situations des personnes qui s’associent dans une vilenie quelconque, une fois qu’elles sont capturées et punies. Ainsi, tous deux individus qui s’entraident dans une tâche nulle et fausse, pour laquelle ils s’aiment, leur affection devra sans faute tourner en détestation et inimitié.

La norme, qui est bénéfique, au sujet de cette affaire de fréquentation, est que l’homme se mélange aux gens dans le bien, tel que dans la célébration de la prière du vendredi et des prières en commun, des aïds et du hedjdj, ainsi que dans l’apprentissage de la science et dans le djihêd et le don de conseils. Cependant il doit se retirer d’eux dans le mal et les choses licites auxquelles on se livre à outrance. Et si quand même il lui est nécessaire de les fréquenter dans le mal, car il ne peut pas s’isoler d’eux, dans ce cas, il devra faire attention à ne pas être d’accord avec eux. Il doit endurer leur nuisance. Celle-ci étant inévitable quand il n’a pas de force ni de secoureur. Cette nuisance sera plus tard suivie de puissance et d’amour pour lui, de glorification et de louange envers lui, de leur part et de la part des croyants et du Seigneur de l’univers. Par contre, s’accorder avec eux, ce fait sera succédé d’humiliation, de haine, d’abomination et de condamnation à son encontre, venant d’eux-mêmes, des croyants et du Seigneur de l’univers.

Patienter contre leur nuisance est certes meilleur et plus bon à la fin. La patience lui encourra une issue louable. Mais s’il y aurait nécessité de les fréquenter dans les choses licites mais excessives, dans ce cas-là l’homme devra transformer ces assises en obéissance pour Allâh, si cela lui sera possible; comme il se doit également d’avoir le courage et de fortifier son cœur pour cette tâche, sans jamais considérer l’instigation du diable qui le tenterait de la rompre, lui suggérant que cela est une ostentation et un désir pour montrer sa science et son état et ainsi de suite. À ce moment il doit combattre cette instigation, recourir à Allâh et tendre autant que possible à influencer les assistants au bien.

Or, si l’homme est par destin dans l’incapacité de réaliser tout cela, il se doit alors de retirer son cœur de parmi ces gens comme on retirerait un poil d’un pétrin. Qu’il soit présent parmi eux tout en étant absent, proche mais loin, dormeur mais éveillé. Il les verra sans les regarder, et entendra leur propos sans les réaliser, car il a en effet retiré son cœur de parmi eux, et l’a hissé vers le Royaume céleste, où il exalte Allâh autour du Trône avec les âmes purifiées du Ciel. Cela est très certainement dur et difficile à accomplir par les esprits. Mais ça reste une tâche facile à celui qu’Allâh l’aura facilitée.

Le serviteur lui incombe d’être sincère et véridique envers Allâh -Béni et Très-Haut soit-Il-. Il doit y recourir constamment et se jeter à Sa Porte, gisant et humble. Rien ne peut aider à atteindre cet état hormis un amour sincère, et grâce au rappel continu d’Allâh, par le cœur et la langue. De même qu’en évitant les quatre autres actes corrupteurs que nous citerons-ci après. Quoique tout cela ne peut en effet être acquis que par la cause d’une bonne préparation, d’une force venant de la part d’Allâh -Tout-Puissant-; par une détermination véridique et une abstention de s’attacher à autre qu’Allâh -Très-Haut soit-Il-.

[1]Le mot auteur renvoie ici à Aboû Ismê’îl ‘Abd Allâh El Harawî, l’auteur du livre Manêzil As-Sêlikîn (Les stations des itinérants), qu’Ibn El Qayyim a expliqué dans Les sentiers des itinérants. NDT.

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