Aimer son pays...

Aimer son pays…

Aimer son pays…

 

Par l'honorable cheikh
Dr 'Abd Ar-Razzêq EL BADR

 

Traduit de l'arabe par
Aboû Fahîma 'Abd Ar-Rahmên AYAD

 

Au Nom d’Allâh le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux

 

Les êtres humains, il a été implanté dans leurs instincts d’aimer leurs pays et d’être séduits par leurs terres natales. Cet amour, est une disposition naturelle durable dans le tréfonds des âmes; elle est enracinée dans les couches du cœur. Le pays de l’homme, c’est sa terre sur laquelle il est né, dans laquelle il est éduqué, sur le sol de laquelle il a commencé à marcher; c’est la terre dont les richesses lui ont servi de jouissance; et dans le giron de laquelle il a grandi.

Et, puisque les chameaux ont la nostalgie envers leurs pays, ainsi que les oiseaux envers leurs nids, comment serait alors le cas de l’être humain?!

Cet amour instinctif pour le pays est certes une cause pour l’édifier et le sécuriser contre toute sorte de destruction. Il a été rapporté dans ce sens de la part de ‘Oumar Ibn El Khattâb -qu’Allâh l’agrée-: «Si ce n’était l’amour de la patrie, le mauvais pays aurait été détruit.» Et on disait aussi: «C’est grâce à l’amour de la patrie que les pays ont été peuplés et édifiés.» Et il a aussi été rapporté de la part d’Ibn Az-Zoubeyr qu’il a dit: «Les gens ne sont point satisfaits de leurs subsistances comme ils le sont de leurs patries. » Et il a également été dit: «Tout comme ta nourricière jouit du droit de son lait, ta terre jouit du respect de la patrie. »

En outre, le Noble Qour’ên a en effet fait allusion à cet amour du pays, qu’il est une chose fixée dans la saine nature des gens et dont les âmes en disposent. Allâh -Béni et Très-Haut- a dit Si Nous leur avions prescrit ceci: «Tuez-vous, vous-mêmes!», ou «Sortez de vos demeures!», ils ne l’auraient pas fait, excepté un petit nombre d’entre eux.﴿ An-Nicê’ (Les Femmes), v. 66. Allâh -qu’Il soit Magnifié- a comparé le fait de quitter le pays à l’homicide. Ce qui signifie à contrario que demeurer dans son pays équivaut à donner la vie. Et Il a aussi dit -Exalté et Très-Haut soit-Il- Ils dirent: «Et qu’aurions-nous à ne pas combattre dans le sentier d’Allâh, alors qu’on nous a expulsés de nos maisons et qu’on a capturé nos enfants?»﴿ El Baqara (La Vache), v. 246; Allâh a ainsi fait que le combat soit une vengeance de l’expulsion.

De ce fait, le pays musulman, établi sur la charia, et appliquant la loi d’Allâh -Majestueux et Très-Haut soit-Il-, sont réunis pour ses habitants deux types d’amour:

Un amour instinctif: lequel venait d’être cité.

Et un amour légiféré: qui est l’amour immense, fondé sur la piété et la réforme.

Cela étant dit, méditons l’amour du Prophète -prière et salut d’Allâh sur lui- pour le pays, tel qu’il est représenté dans beaucoup de hadiths, parmi lesquels celui qu’El Boukhârî a rapporté dans son Sahîh (L’Authentique)[1], d’après Anas: «Le Messager d’Allâh -prière et salut sur lui- avait pour habitude, quand il revenait d’un voyage et voyait les murs de Médine, d’assoir sa chamelle, et quand c’est sur une autre bête [qu’il voyagea], il la faisait bouger, tellement il aimait Médine.» Cela veut dire qu’il bougeait sa bête en signe de son amour pour Médine, car elle est sa bénie patrie, et son agréable demeure. Il faisait cela -sur lui le salut-. Et il y a certes en lui le meilleur exemple à suivre.

De plus, le Messager a ordonné aux membres de sa communauté de se précipiter à rentrer dans leurs pays une fois leurs voyages seront achevés et leurs besoins réalisés, que ces derniers soient religieux ou mondains. Dans ce rapport, les deux cheikhs (El Boukhârî et Mouslim)[2] ont rapporté d’après Aboû Houreyra -qu’Allâh l’agrée-, que le Messager -prière et salut sur lui- a dit: «Le voyage est une part de supplice. Il empêche de dormir, de manger et de boire. Quand l’un de vous aura réalisé son but pour lequel il a voyagé, qu’il se précipite à rentrer chez sa  famille.»

Bien plus, le Prophète -sur lui le salut- a invité à revenir au pays, même si le voyage serait de se diriger vers la Mecque, à la Maison sacrée d’Allâh. El Hêkim[3] a rapporté avec une chaîne narrative attestée, d’après la mère des croyants ‘Â’icha -qu’Allâh l’agrée-, que le Prophète -prière et salut d’Allâh sur lui- a dit : «Quand l’un de vous aura achevé son hedjdj, qu’il se hâte d’entrer chez sa famille, car cela augmentera beaucoup plus grandement sa récompense.» Les savants ont dit que ce qui est voulu ici par « sa famille », est son pays. Ceci même s’il n’en a ni épouse et ni enfant.

Par ailleurs, le musulman véridique est certainement un parmi les gens qui aiment le plus sincèrement leur pays. Car il souhaite pour sa famille le bonheur d’ici-bas et de l’au-delà, en pratiquant l’islam, et en adoptant sa croyance toute droite. Il souhaite les sauver de l’Enfer, et du courroux du Contraignant (Le Tout-Puissant). Allâh -Très-Haut soit-Il- a dit en citant le croyant de la famille du Pharaon qui dit «Ô mon peuple, triomphant sur la terre, vous avez la royauté aujourd’hui. Mais qui nous secourra du châtiment d’Allâh s’il nous vient?»﴿ Ghâfir (Le Pardonneur), v. 29. Il a dit cela en guise de mettre son peuple en garde, de le conseiller; il voulait le bien pour lui, la piété et le salut.

Ainsi l’amour sincère pour le pays ne peut exister qu’en s’évertuant dans ce qui le bonifiera. Or, aucune amélioration n’y peut être acquise si ce n’est au sein de la religion d’Allâh -Béni et Très-Haut-. Le pays ne peut être épanoui que grâce à la charia d’Allâh. Au fait, tout ce qui s’oppose à celle-ci n’est pas une réforme. C’est plutôt de la corruption. Cela ne fait point partie de l’amour du pays.

La réforme du pays se fait par la réforme et la droiture de la croyance islamique. Allâh -qu’Il soit Très-Haut- a dit Allâh a promis à ceux d’entre vous qui ont cru et fait les bonnes œuvres, qu’Il leur donnera la succession sur terre comme Il l’a donnée à ceux qui les ont précédés. Il donnera force et suprématie à leur religion qu’Il a agréée pour eux. Il leur changera leur ancienne peur en sécurité. Ils M’adorent et ne M’associent rien﴿ An-Noûr (La Lumière), v. 55.

La réforme du pays se fait aussi en faisant régner la charia sur ses terres, entre ses habitants, tout en occupant ses contrées par la foi et la crainte pieuse du Tout-Miséricordieux. Allâh -Très-Haut- a dit Si les habitants des cités avaient cru et avaient été pieux, Nous leur aurions certainement accordé des bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont démenti et Nous les avons donc saisis, pour ce qu’ils avaient acquis.﴿ El A’râf, v. 96.

Cette réforme se réalise également en hissant dans le pays le statut de la prédication et de l’appel vers Allâh, de même qu’en établissant la pratique de l’ordonnance du bien et de l’interdiction du mal, tel qu’Allâh -Exalté soit-Il- a dit Ceux que, si Nous leur donnerons la puissance sur terre, accompliront la salât (prière), acquitteront la zakêt (aumône annuelle), ordonneront le convenable et interdiront le blâmable. Cependant, l’issue finale de toute chose appartient à Allâh.﴿ El Hedjdj (Le Pèlerinage), v. 41.

Ladite réforme se concrétise de même par l’évitement des péchés et des désobéissances, ainsi que par l’exclusion de la corruption et de la dissolution morale. Celles-ci étant un chaos certain pour le pays et ses habitants. Allâh -qu’Il soit Très-Haut- a dit à ce sujet La corruption est apparue sur la terre et dans la mer à cause de ce que les gens ont accompli de leurs propres mains; afin qu'[Allâh] leur fasse goûter une partie de ce qu’ils ont œuvré; peut-être reviendront-ils (vers Allâh)﴿ Ar-Roûm (Les Romains), v. 41.

La réforme se fait également par le fait de s’éloigner de l’arrogance et de l’ingratitude aux bienfaits Allâh. À ce titre, Allâh -Béni et Très-Haut soit-Il- a dit Et Allâh propose en parabole une ville: elle était en sécurité, tranquille; sa subsistance lui venait de partout en abondance. Puis elle se montra ingrate aux bienfaits d’Allâh. Allâh lui fit alors goûter la violence de la faim et de la peur en punition de ce qu’elle faisait.﴿ An-Nehl (Les Abeilles), v. 112.

Elle se concrétise aussi par l’observance à la communauté musulmane, et l’écoute et l’obéissance au gouverneur. Car les intérêts de la Nation ne s’accomplissent que par la communauté ou le groupe; et celui-ci même ne s’accomplit que par la gouvernance, laquelle ne peut prendre corps que dans une patrie.

Le patriotisme (ou «la citoyenneté») qui serait bon, n’est pas un simple terme ou slogan à scander. C’est plutôt un dévouement, un travail, et un conseil sincère tant pour les administrateurs et les administrés.

Craignons alors pieusement Allâh au sujet de notre pays! Que notre habitation et résidence y soient établies sur le conseil, la réforme et la piété. Que nous y soyons complètement éloignés du mal et de la corruption. Observons, dans tout cela, les ordres d’Allâh -Majestueux et Très-Haut-, qui connaît les gestes des yeux les plus minutieux et connaît ce que les cœurs cachent. Il a été dans ce sens authentiquement rapporté de notre Prophète -sur lui le salut-, qu’il ait dit: «La religion est le conseil» Nous dîmes (les compagnons): «Pour qui, ô Messager d’Allâh?» Il dit: «Pour Allâh, Son Livre, Son Messager, et pour les gouverneurs des musulmans et leurs sujets.»[4]

Quant au hadith que l’on rapporte affilié à notre Noble Prophète -prière et salut d’Allâh sur lui-, qui soi-disant a dit: «Aimer son pays fait partie de la foi.»[5] ; il n’est pas attesté de la part du Prophète -sur lui la prière et le salut-. Voire c’est un hadith mensonger, ne jouissant d’aucune authenticité à l’unanimité des gens de science et de connaissance dans le domaine du hadith du Messager -prières et saluts et bénédictions d’Allâh sur lui-.

C’est pourquoi il n’est pas autorisé de dire: Le Prophète -prière et salut sur lui- a dit : «Aimer son pays fait partie de la foi.» Car selon le consensus des Gens de science, ce hadith n’est pas attesté de la part de notre Noble Prophète -sur lui le salut-. Tandis que concernant son sens:

Si par le fait d’aimer son pays, l’on désigne l’amour légal (char’î), fondé sur la piété et la réforme; dans ce cas il n’est pas de doute que cela fait partie de la foi. La foi même invite à cet amour. Et dans ce qui précède, quelques Textes de la charia ont été avancés afin d’arguer de ce constat.

Le pays, pourrait aussi signifier le Paradis: les Jardins du Délice. Car ceux-ci sont certes notre premier pays, alors que dans cette vie terrestre (d’Ici-bas), nous sommes les captifs de l’Ennemi (Iblîs: Lucifer). Ainsi il y aura ceux qui seront sauvés, et retourneront dans leur premier pays. Et il y aura ceux qui seront perdants et en seront frustrés, qu’Allâh -Béni et Très-Haut- nous en préserve!

Enfin, le second sens découle du premier. Et c’est seulement Allâh qui accorde la réussite et la droiture. Nous invoquons Allâh de préserver nos pays, pour nous et pour tous les musulmans, de les remplir de bien et de sécurité, de foi, de paix et d’islam; Il est certes Audient et exauce les prières!

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[1]Hadith n° 1886.

[2]Hadith rapporté par El Boukhârî, n° 1804; et par Mouslim, n° 1927.

[3]Hadith n° 1805; rapporté aussi par Ad-Dêraqotnî, n° 2790; et jugé bon par El Elbênî dans As-Sahîha, n° 1379.

[4]Hadith rapporté par Mouslim, n° 55, d’après Tèmîm Ad-Dêrî.

[5]Vois El mèwdou’êt (Les hadiths inventés), d’Es-Sâghênî, p. 53; Tedhkirèt el mewdou’êt (Mémento des hadiths inventés), d’El Fetnî, p. 11; et El mèsnoû’ fi mè’rifèt el hadhîth el mèwdoû'(Le conçu pour connaître le hadith inventé), de Moulê ‘Alî El Qârî, p. 91. Celui-ci a dit que ce hadith n’a aucune origine chez les houffêdh (mémorisateurs du hadith). Et vois aussi Es-Silsila adda’îfa (La série des hadiths faibles), n° 36. Et vois enfin une discussion concernant l’authenticité ou non de sons sens dans El Esrâr el merfoû’a fî el akhbâr el mèwdoû’a (Les secrets élevés au sujet des hadiths inventés), d’El Qârî, pp. 180-182.

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