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Qu’est-ce que la praxématique?

Qu'est-ce que la praxématique?
Abderrahmane AYAD
(Aboû Fahîma)

 

La praxématique est une discipline linguistique assez récente. Elle a été initiée sous l’impulsion de Robert Lafont dans la fin des années 60. Son nom est extrait de son unité d’étude de base: le praxème. Un outil de la production lexicale de sens. Elle partage avec la sémantique le même objet d’étude, à savoir le sens des lexies. Mais la méthode de l’étudier et l’analyser demeure sensiblement différente, voire complètement étanche jusqu’à verser dans la contrariété.

Sous ce même rapport, pour mettre l’accent sur la démarche praxématique dans l’étude de l’immanence de sens développé avec l’avènement du structuralisme saussurien, laquelle démarche est tout à fait aux antipodes de ce dernier, les grandes figures da la praxématique qui sont Jacques Bres, Jeanne Marie Barberis, et Françoise Gardes-Madray annoncent que « la présupposition de l’immanence par rapport à la manifestation nous est apparue procéder d’une démarche marquée d’idéalisme: en posant l’antériorité logique d’un « être » sur son « paraître », elle pose en fait, selon nous, celle d’une essence. La praxématique opte au contraire pour une perspective inverse: il ne saurait y avoir de signifié immanent ; n’existent que des outils linguistiques dont seule l’actualisation par un sujet est productrice de sens.» [1]

Ce qui intéresse la praxématique est la signifiance. Un concept créé après celui de praxème, qui celui-ci vaudra le signe pour Saussure. La création de la signifiance en tant que concept, faite pour remplacer celui de signification, est l’œuvre de R. Lafont. Motivé par la réflexion qu’il a construite sur cette dernière la jugeant cristallisée, positive, immuable, donnée une fois pour toutes, il donna naissance à la signifiance comme processus signifiant éminemment dialectique, reflétant une interaction et une négociation permanentes entre sujets bien vivants, de véritables « êtres de langage » (Lafont : 2004. Cité par Agresti).

Ainsi, par opposition à la signification, qui s’aligne dans l’ordre taxonomique des mots de la langue, tel que le conçoivent les structuralistes par le simple fait de juger que la langue est seule essentielle, ce qui équivaut à décrire le sens virtuel des mots, les praxématiciens cependant vont dans la rive inverse de la langue en la considérant dans son action au sein de la société qui est un « lieu de conflits » à l’intérieur duquel se joue, contre toute transcendance, le réglage incessant du sens (Lafont : 1978)[2]. Donc pour la praxématique, la valeur réelle des mots: leurs sens, se manifeste dans le discours, dans leur actualisation dans l’acte de parole et dans l’échange dialogique interpersonnel. «Dans cette perspective, le sens d’une unité du lexique est un sens produit, c’est-à-dire le résultat d’une production de langage, dont la praxématique s’attache à décrire le fonctionnement processuel, en orientant ses travaux vers la dynamique complexe de l’activité langagière du sujet, confronté au réel et aux contraintes de la communication sociale. »[3]

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[1]Barberis J.-M., Bres J., Madray F.-G., Siblot P., La praxématique, dans Etudes Littéraires, Montpellier, Université Paul Valéry, 1989. Pp. 30-31.

[2]Agresti G., « Praxématique et planification linguistique » [en ligne],  disponible sur https://www.google.dz/#q=Prax%C3%A9matique+et+planification+linguistique+Giovanni +Agresti%2C+Universit%C3%A9+de+Teramo

[3]Neveu F., Dictionnaire des sciences du langage, Armand-Colin, Paris, 2011, p. 288.

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